Dans un passé déjà lointain, je me revois dans ce qui me semble une autre vie, dans un petit appartement rue Lockwell à Québec. Je revois ma mère qui fait les cent pas chez-moi, aux prises depuis quelques jours avec une anxiété difficile à supporter, comme ça lui arrivait parfois. Elle dormait beaucoup, mangeait peu, ne parlait pas très clairement. Quelques mots à peine.
Déjà, je méditais tous les jours, un programme d’une heure matin et soir, qui m’apportait calme et tranquillité. Ma mère avait appris la base de cette méditation et l’avait ensuite oubliée. Je ne lui en parlais pas. Je ne voulais rien lui imposer. Je lui offrais simplement repos, calme et nourriture, en espérant que le temps arrangerait les choses.
Je me revois au téléphone parlant de ma mère à une amie qui enseignait alors cette méditation à Québec. Convaincue encore plus que moi que ça lui ferait le plus grand bien, elle m’a offert de venir lui rappeler comment faire. Sans autre option accessible, j’ai accepté son offre, confiante dans l’attitude respectueuse de Madeleine. Quelques minutes plus tard, elle frappait à ma porte. D’abord peu réceptive devant cette visite, ma mère s’est quand même assise au salon avec elle. Madeleine lui a simplement suggéré de fermer les yeux, et de penser au mantra sans effort pour voir si elle s’en souvenait. Presqu’aussitôt, avec Madeleine, j’ai vu son visage changer drastiquement, comme si elle venait d’attraper une bouée de sauvetage. Ses traits se sont détendus instantanément. Après quelques minutes, Madeleine est repartie discrètement, la laissant se reposer tranquillement. Quand ma mère s’est relevée, elle a marché jusqu’à la chambre. En passant devant le miroir, elle a parlé de ses cheveux et a pris le temps de les remettre en ordre. Voilà qu’elle disait des phrases complètes et qu’elle portait attention à son apparence. Je la regardais, émue. impressionnée de la différence soudaine. J’ai continué à m’activer comme si de rien n’était. Sans lui en parler. Sans d’ailleurs en parler à personne.
Je lui demandai plus tard ce qu’elle désirait. C’était clair : Elle souhaitait rencontrer son médecin et être admise à l’hôpital pour un suivi sérieux, ce qui lui avait été refusé plusieurs fois récemment, malgré sa santé précaire. J’ai décidé de l’accompagner à l’hôpital. Enregistrement et salle d’attente. Plusieurs fois elle est allée s’informer auprès de la réceptionniste, qui lui répondait poliment à chaque fois. Je n’intervenais pas. Après ces journées d’apathie, j’étais contente de voir qu’elle savait ce qu’elle voulait et qu’elle insistait pour l’obtenir.
Nous avons finalement rencontrer son médecin. Sans nous laisser le temps de poser la moindre question, il nous a parlé de ses hésitations et du manque de lit. Nous l’écoutions sans rien dire. Il a finalement décroché le téléphone pour trouver une place disponible. Ma mère pouvait s’installer, rassurée.
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La semaine suivante, une travailleuse sociale m’appelait pour me demander comment j’avais pu obtenir ça. Elle avait tenter la démarche plusieurs fois sans succès. Pour nous méditants, ce n’était pas de la chance, on appelait ça le support de la nature, un secours parfois offert automatiquement par la vie quand la connexion est bonne.
Quelques temps plus tard, Madeleine m’a raconté que cette rencontre avec ma mère avait été pour elle un moment spécial. Rares sont les cas où l’effet de la méditation est aussi rapide et aussi évident devant nos yeux.
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Je me revois ailleurs, des mois plus tard, un an peut-être. J’avais déménagé rue Fraser, toujours à Québec. Je visitais ma mère à l’hôpital cette fois, ma mère si faible cette fois, que les médecins craignaient pour sa vie. Je me souvenais de ce jour passé où la méditation lui avait fait tant de bien. J’étais la seule de la famille à l’avoir vu et à y croire. L’Église catholique avait associé la méditation transcendantale au mal et ma mère avait eu peur de continuer. Je me débattais entre la responsabilité de faire quelque chose pour l’aider et la crainte de lui imposer un stress alors qu’elle était déjà si fragile. Je gardais ce questionnement silencieux en moi comme un poids lourd sur mes épaules. Voilà que j’y ajoutais la peur de ma mère. J’avais appris jeune à douter de mon jugement et de mon expérience. Et si l’Église avait raison? Et si cette méditation lui causait du tort? Et si ça me causait du tort? Voilà que je remettais ma pratique de longue date en question.
Incapable de trancher, j’ai cessé mon programme de méditation. Je n’osais plus. Le temps passait, et le poids s’alourdissait. Je me revois le samedi soir, marchant dans les rues du Vieux-Québec, anxieuse, la tête pleine de questions. Moi qui n’allais plus à l’Église depuis des années, je suis entrée dans une église pour m’asseoir. À cette époque les portes des Églises étaient ouvertes aux passants. Je croyais être seule mais voilà qu’un prêtre s’est approché pour me parler. Son énergie accueillante m’inspira confiance. Je lui ai demandé ce que l’Église pensait vraiment de la méditation transcendantale. Connaissant la position officielle de l’Église, sa réponse sincère m’a surprise : Si tel est ton désir, il est facile de christianiser une pratique quelle qu’elle soit, il s’agit simplement de l’offrir au Christ.
Je ne méditais plus depuis deux jours. Je suis revenue chez-moi toujours aussi tendue et inquiète, avec quand même cette option dans ma tête. J’ai suivi son conseil. Moi qui ne priait plus depuis longtemps, j’ai parlé au Christ. Je lui ai dit que j’allais faire ma méditation et les Siddhis appris, puisque je ne connais que ça pour m’apaiser. Je lui ai demandé de me faire un signe clair si jamais c’était mal. Et j’ai commencé à méditer.
Cette méditation est encore gravée dans ma conscience. Le signe obtenu était très clair! Un moment en dehors du temps et de l’espace. J’ai baigné dans une fontaine d’amour infini, douce, onctueuse, lumineuse. Ma petite personne a été complètement éclipsée. Fondue, dissoute dans cet amour infini. Un état dont tu prends conscience seulement quand tu en sors. Alors les seuls mots possibles pour le décrire, c’est une Bénédiction. Une Grâce. Un Amour infini.
J’en suis revenue en état de grâce. Plus aucun poids sur mes épaules. Cette fontaine d’amour avait éliminé toutes les questions et les inquiétudes que j’avais traînées toute ma vie à propos de ma mère. Je l’aimais, c’est tout, et ça suffisait amplement. Je me sentais liée à elle plus que jamais, libérée de toute attente ou dépendance. De ce besoin de régler ses problèmes. Qu’un sentiment d’amour, immense, léger, simple, paisible.
Le lendemain matin, je suis retournée la visiter à l’hôpital. Ma mère reprenait des forces. La connexion avait eu lieu. En même temps sûrement. Elle a vécu encore 3 ans. À partir de ce moment, ma relation avec elle a été transformée. Je n’avais plus que de bons moments avec elle. C’était devenu facile de l’aimer telle qu’elle était, d’être là avec elle, tout simplement.
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J’avais commencé cette pratique à 19 ans, attirée par la paix intérieure offerte, preuves scientifiques au tableau. Entraînée sûrement aussi par cette vague mondiale à tendance hippie, où même les célèbres Beatles ont côtoyé Maharishi Mahesh Yogi, le sage à la tête du mouvement de méditation transcendantale.
Beaucoup d’eau est passé sous les ponts depuis. De grands détours se sont imposés. En 2013, suite à un accident, j’ai dû prendre des médicaments antidouleur plutôt forts. Je n’arrivais plus à pratiquer cette méditation. Un autre chapitre commençait. En recherche de soulagement, j’ai exploré d’autres méditations et d’autres avenues qui m’ont grandement aidée à traverser des temps difficiles. Je garde ancrés en moi quelques moments de grâce rencontrés tout au long du parcours. Comme des privilèges, des points de repère qui éclairent mon chemin et nourrissent l’espoir. Que je ne peux que partager. L’expérience directe laisse une conviction qui se passe d’arguments. La conviction qu’il y a d’autres possibles. Que l’amour existe, plus fort que tout.
Ce qui me surprend ici, c’est que les mots que l’on trouve pour décrire ces moments de grâce sont des superlatifs qui finalement n’arrivent pas à les décrire. Ces moments sont silencieux, si simples et si paisibles quand on est dedans, comme une évidence qu’on aurait dû voir avant!
© Marielle Dubois octobre 2021 . Texte révisé en 2023.
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