La création

Porter attention à ce qu’il y a autour. Aujourd’hui. À la beauté de chaque saison qui passe. Au moment présent. Capter la lumière, le mouvement, la vie. La paix.
Trouver ça si beau qu’on veut la partager. Prolonger le moment. L’apporter avec soi. Accrocher au mur une fenêtre qui te ramène sur place.

Trop facile la logique ! L’art, ça te sort direct du mental. L’art nous ramène au moment présent.

 » La nature, ça te sort du mental et te ramène direct au coeur. Au moment présent.   Pareil pour l’art. »

Parfois s’impose une oeuvre abstraite, pour rejoindre une impression, un feeling intérieur. Pour la liberté que ça donne.

Toujours je reviens à la nature. La forêt, les rivières, les lacs. L’éveil des bourgeons et des fougères au printemps, l’éclat de l’été, les couleurs de l’automne. La lumière de l’hiver. Même en ville, je cherche les arbres, la rivière. Les oiseaux. C’est ma façon de porter attention à ce qu’il y a autour. Aujourd’hui. Maintenant. Voir la beauté de chaque saison qui passe. Garder l’oeil ouvert. Le coeur ouvert. S’arrêter. Regarder. Écouter. Se laisser toucher. Offrir sa sensibilité, sa présence. Voir la lumière, le mouvement, la vie, ressentir l’atmosphère. Faire place au lien qui nous unit à la nature, sentir qu’on en fait partie. L’apprécier.

Et trouver ça si beau qu’on veut partager. Mettre ça sur la toile pour prolonger le moment, l’apporter chez-soi. Comme une fenêtre qui te ramène sur place. Donner le goût d’y retourner. D’en prendre soin.  » As-tu vu ça quand t’es passé par là? La lumière, le mouvement. La vie. Regarde bien, juste là. »

 » Un monde où on porte attention à la beauté, où on valorise et partage ce qu’il y a de beau, ça fait rêver !  »

Et comment mettre ça sur la toile maintenant? Rien ne sert de chercher comment, commencer et continuer. Suivre où la main te mène. S’enlever du chemin et se laisser guider. En présence. Continuer en confiance. Être là. J’y vais avec les doigts, pour le lien direct avec la matière. Pour le plaisir de jouer avec les couleurs. De toucher. Au pinceau aussi, pour souligner, relever. Et au crayon, à l’encre parfois. Pour le mouvement, la précision. Je cueille des feuilles sur place souvent, pour les imprimer, intégrer une énergie concrète. Rejoindre la réalité. La perspective ça me vient tout seul. Parfois s’imposent quelques mots, quelques lignes.

Tenter de saisir l’essentiel, c’est quoi au juste qui éveille la joie et l’émerveillement. L’apaisement. Quelle couleur? Quel mouvement? Quelle forme? Comment faire vivre tout ça? Faire confiance à ce que l’oeil perçoit. à l’intuition. L’inspiration. Créer quoi.

Trouver la liberté sur une toile, entre deux lignes, entre deux notes.

© Marielle Dubois, 2022.

Ce qui m’inspire

© Marielle Dubois 2005

La nature.  Encore.  Toujours                   

C’est mon contact avec le temps qui  passe, qui change de couleur avec les saisons.

Créer, c’est une façon de me sentir en vie. C’est prendre le temps de regarder, de ressentir. De te montrer ce que j’ai vu. C’est faire ce que j’ai à faire. Donner ce que j’ai reçu. Créer, c’est prendre mon temps. C’est aussi rêver d’un espace. Dans mon appartement de banlieue, je rêve d’un atelier près d’un ruisseau.

Créer, c’est tenter de partager ce silence heureux et tranquille que je ressens devant les couleurs d’automne, les mésanges qui traversent l’hiver avec nous, les étincelles de lumière sur la neige, les trilles blancs qui ouvrent au printemps, le bruissement du ruisseau bordé de fougères, la brume sur un lac un matin d’été. C’est comme dans les moments importants de la vie. C’est grand et c’est simple. Les superlatifs sont inutiles.

En ce moment, je préfère les couleurs aux mots. Je prends ce que j’ai sous la main. Il me faut trouver des façons de créer plus abordables, à ma portée, à la portée de tous. Des bouts de planches, des restants de peinture, et ce que la nature m’offre selon la saison. Imprimer les couleurs des feuilles avant qu’elles tombent, graver les feuilles cuivrées qui fanent sur le sol de novembre, saisir le contraste de la neige qui se dépose sur les branches de pin… croire aux pousses du printemps et imaginer les teintes de l’été trop vite passé.

Dessiner, imprimer, coller, assembler, sculpter. Des couleurs et des formes. Chercher, expérimenter. Être à l’écoute, attentif et disponible à ce qui vient, se faire confiance pour voir. Pour voir ce que ça va donner. Continuer, simplement, pour le plaisir de créer, de voir l’image se former. Pour voir si tu verras ce que j’ai vu.

Qu’est-ce que ça vaut? Qui peut le dire.                                                                                    

C’est un chemin parmi tant d’autres, ni mieux ni pire.

Texte publié par la revue Cheminement en Outaouais (février 2005), par la revue Lavis en couleur à Laval (automne 2005), par le journal Le Catherinois (juin 2008).

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