
Des plantes, j’en donne et j’en ramasse d’autres autour, j’en commence de nouvelles à partir de noyaux ou de boutures. J’adore voir cette vie en action, ça part d’un rien et ça devient immense. Encore la semaine passée, j’ai délicatement cueilli sur le bord d’un boisé 2 mini-pousses de pin blanc, juste pour les regarder grandir. Certaines plantes demandent plus d’attention que d’autres, j’en ai eu de tous les genres. J’en ai eu toute ma vie. C’est plus fort que moi. Comme les arbres le font dehors, elles nettoient l’air dans nos maisons. Une grande plante verte fait ce travail dans ma chambre. Voici son histoire.
L’édifice où je vis est en forme de U, je vis dans le creux du U. Un homme âgé vivait tout au bout du U. Cet homme, je n’ai jamais su son nom. Je le saluais en passant, il me saluait aussi, c’est tout. Respectueusement. La vie en appartement est ainsi. Il y a des voisins qu’on connaît davantage, d’autres qu’on connaît moins. Chacun de son côté, on voit l’autre vivre de loin sans rien savoir de sa vie. Cet homme parlait peu et avait peu de visite. Il se déplaçait en quadriporteur. A l’extérieur, il avait seulement une petite table, une chaise et une plante. Une petite plante pas compliquée, facile d’entretien, de la famille des dragonniers. Le genre de plante qu’on adopte quand on ne veut pas se compliquer la vie et qu’on veut quand même s’occuper un peu de la vie. Il prenait soin de l’arroser régulièrement.
Un jour, j’ai su qu’il était décédé chez-lui.. Sa vie s’était terminée tranquillement comme ça, seul, chez-lui. On meurt comme on vit. Des gens sont venus vider son appart. Les jours ont passés.
Assise dans le fond de mon U, je voyais sa plante oubliée dans le coin près de sa porte, à l’abri de la pluie. Personne ne l’avait emportée. Quand j’allais marcher, en tournant au bout du U, je voyais ses feuilles flétrir, personne ne l’arrosait plus. L’appartement restait vide. Un bon matin j’ai décidé d’aller la chercher. Il en avait pris soin de sa plante, trop triste de la laisser dépérir. J’étais volontaire pour prendre la relève. J’aime ces plantes qui habitent avec nous, qui, en échange d’un peu d’eau de temps en temps, font honnêtement leur travail. Si elles étaient des humains, on dirait d’elles que c’est du bon monde. J’ai laissé la plante bien en vue à l’extérieur, facile à repérer si jamais quelqu’un de la famille la réclamait. J’ai enlevé les feuilles mortes et j’ai commencé à l’arroser. Personne ne l’a réclamée.
Plusieurs années ont passé. J’ai dû la rempoter dans un pot plus large. Au début, le pot compris, elle avait peut-être 3 pieds de haut, peut-être moins. Elle est maintenant plus grande que moi. Je lui offre de l’eau, et elle nettoie mon air. Elle est de bonne compagnie. Ne demande qu’à vivre. Je dors tranquillement près d’elle, comme sous un arbre.
Marielle Dubois, avril 2021 ©
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