
Un matin, au réveil, un rêve, un souvenir, une douceur.
Cet automne-là, au Québec, les dénonciations ont déferlé. Metoo. Dans mon coeur et dans mon corps aussi. Des souvenirs enfouis, des blessures à vif. Des prises de conscience ont suivi. La colère. L’éducation familiale, scolaire, religieuse. Sois gentille et tais-toi, écoute et obéis, laisse-toi faire. Les coups montés par l’autorité, et transmis d’une génération à l’autre.
Un matin, un rêve vînt apaiser la tempête. Ouvrir une éclaircie. J’avais oublié le passage de cet homme dans ma vie. Il y a plus de 40 ans déjà, tu es passé brièvement dans ma vie, appliquant un baume sur une année difficile. Je t’ai reconnu dans mon rêve et j’ai marché vers toi. Tu m’as prise dans tes bras. Tout doucement. Que ça. Un accueil aimant qui n’impose rien. J’ai ouvert les yeux imprégnée de cette douceur apaisante, pour mon cœur et mon corps. Elle a teinté ma journée jusqu’au soir.
S’il y a des hommes à dénoncer, il y en a d’autres à remercier.
Une piste importante à suivre pour oublier le reste. J’ai voulu poser un geste. T’écrire, te rejoindre, te remercier. Prendre le temps de le faire. Pour mieux intégrer cette douceur, j’ai voulu l’inscrire sur une toile, lui faire une place, la garder vivante.
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Tant d’ampleur donné dans nos coeurs et dans les journaux aux méfaits de ces abuseurs, et si peu de place pour la tendresse des autres. Il me parut important de lui faire place concrètement et d’exprimer ma gratitude. Ce soir -là, je n’ai pu me résoudre à aller dormir sans tenter un geste pour te dire merci. Tout près de minuit quand j’ai trouvé ton nom sur facebook. J’ai laissé un salut, pour voir. Le lendemain j’ai pensé à un autre homme à remercier. Amplement. Je l’ai fait.
C’était en octobre. L’octobre de Metoo. Ce n’est pas un hasard si ces blessures sont remontées à ma conscience. Ce rêve est un cadeau du ciel venu m’apaiser, remplacer ma colère par une douce tendresse. Que venais-tu faire dans mon rêve après tant de temps ? J’ai repensé à ces moments passés. Ils étaient faits de simplicité, d’accueil. Ta main qui prend la mienne. Un matin avec des draps fleuris et l’odeur des croissants. Ta porte ouverte à 2h du matin. Ta visite au chalet. Ton attention. Tendresse. Respect. J’étais là sans y être vraiment. Tu n’y tenais pas non plus. Tu es parti vers d’autres cieux, tout simplement. Je n’y ai plus repensé. Ou si peu. Quelqu’un d’autre s’est présenté, un homme bon lui aussi.
Des semaines et des mois sont passés, sans réponse à mon salut. J’aurai fait le geste, sans attente. J’avais le coeur en paix. J’ai cherché sur la toile à faire place à cette douceur ressentie. Après plusieurs couches de blanc, tout en rondeur, elle a pris forme et couleur, en douceur. Elle s’est faite spirale bleu tendre, douce et lumineuse.
Puis un jour, quelques mots de toi m’ont agréablement surprise. Heureuse de pouvoir te raconter, te remercier. Sincèrement merci. C’était en février, la semaine de la St-Valentin, portail d’amour où des portes s’ouvrent pour créer des liens, pour en soigner d’autres.
© Marielle Dubois
»Avec nos yeux avec nos mains, nous nous serons à peine vus, nous serons-nous touchés à peine… » Claude Léveillé

Une éclaircie bleu tendre
Acrylique et encre24x30x1.5po : 999$
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