La femme qui fuit

auteure : Anaîs Barbeau-Lavalette

La femme qui fuit - Anaïs Barbeau-Lavalette

J’ai voulu relire La femme qui fuit après avoir entendu l’auteure en entrevue. Ce livre retrace l’histoire de sa grand-mère, Suzanne Meloche, artiste peintre et poète. Une artiste qui côtoyait le groupe des 7, une mère qui avait abandonné ses enfants en bas âge.  Anaïs Barbeau-Lavalette, auteure et cinéaste, ayant vu sa mère souffrir de cette blessure d’abandon, parlait de la nécessité d’allier les deux besoins dans sa vie personnelle : être libre et être ensemble. J’ai aimé cette façon d’envisager les choses.

À l’époque de Suzanne Meloche, les femmes étaient confinées dans leur rôle de mère. Il était très difficile pour elles de faire autrement. Alors qu’un homme pouvait vivre loin de ses enfants sans subir de jugements, il pouvait compter sur sa femme pour prendre la relève auprès d’eux. Le jugement était implacable envers les femmes, la culpabilité inévitable. Suzanne Meloche avait dû choisir entre ses enfants et la liberté. C’était impossible d’allier les deux.

Intriguée, impressionnée même, par la force de son caractère, j’étais curieuse de connaître son histoire. Curieuse aussi de son cheminement artistique et de ses liens avec le groupe des 7. J’étais intéressée aussi par la question de la transmission des talents et des blessures d’une génération à l’autre : Comment la génération suivante arrive-t-elle à dénouer l’héritage des générations précédentes?

Beaucoup aimé ce livre. Le style d’écriture d’Anaïs Barbeau-Lavalette, clair, précis, sans détour. Les chapitres sont courts, les pages vite tournées. C’est comme au cinéma. La vie de Suzanne Meloche se déroule en image sous nos yeux guidés par l’auteure. Sans jugement.

Après lecture, je reste intriguée par cette femme qui a osé partir. Sans pouvoir la juger. D’un côté je vois les blessures des enfants, de l’autre, je vois le sacrifice de la mère. Ma mère est restée, elle, tant qu’elle a pu, jusqu’à se rendre malade. Est-ce préférable? Restent les jugements, les critiques, la culpabilité, la blessure d’abandon. Suzanne Meloche est peut-être aussi restée tant qu’elle a pu. Probablement. Elle a réussi à partir avant de se rendre malade, ce qui, d’un poin de vue extérieur, m’apparaît sain. Peu importe le choix, la souffrance semble inévitable. A-t-elle réussi à être heureuse?

N’y aurait-il pas d’autres options que ce choix impossible? Des options plus respectueuses de chacune et de chacun? Il y a des femmes qui sont comblées par le rôle de mère, c’est tant mieux. C’était plus facile pour elles d’être heureuses dans le monde où j’ai grandi. Ce que je n’aime pas, c’est le piédestal que l’Église et la société leur avait offert. Ses effets perdurent encore. Pour compenser, j’ai tendance à admirer celles qui ne répondent pas à ces critères.  Ces femmes qui ont autre chose dans leur ADN.  Ça prend du courage.

Ces femmes qui, comme ma mère et ma grand-mère, ont fait ce qu’elles ont pu. Ces femmes de tous genres qui cherchent à s’y prendre autrement. Avec ou sans enfants. Seules, en couple ou en groupe. Ça prend du courage et de la créativité.

Le refus global a été publié en 1948. C’était le règne de l’Église et de Duplessis, l’après guerre. Ces artistes, hommes et femmes, ont ouvert des chemins. La société étouffait sous les restrictions et obligations imposées par l’État et par l’Église.  Les femmes n’en pouvaient plus de la soumission. Un changement était nécessaire. L’évolution. La vie veut vivre. La révolution tranquille s’en venait. Il fallait que quelqu’un commence quelque part. Il fallait des gens avec un grand besoin de liberté et beaucoup de créativité, des artistes.

© Marielle Dubois, janvier 2021.

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