

mars 2025
Depuis la mi-février je tentais de finir cette toile. J’en ai pataugé un coup! D’abord des formes géométriques toutes simples, bien cordées. Des carrés lumineux au travers, une perspective en place déjà. J’aurais pu m’arrêter là.
Je restais insatisfaite, Les blocs sombres restaient les mieux définis, rappelant une ville dans la nuit. Le reste ne me disait rien, je ne voulais pas en rester là. J’aurais voulu la joie, la beauté, la lumière. Le ciel se révélait trop sombre, le rose trop bonbon. J’ajoutais des blocs de lumière pour éclaircir, trop gros, si épais, j’ai dû sabler pour les adoucir. Après quelques couches d’essais j’ai vraiment pensé abandonner cette toile qui ne menait nulle part.





Ne voyant aucune issue, J’ai détourné mon attention pour quelques jours vers un atelier d’écriture spontanée. Brillante idée qui fut très efficace pour éveiller mes élans spontanés et créatifs! Je revenais par la suite vers ma peinture, bien décidée à en finir avec elle pour passer rapidement à des projets plus concrets… ce que je n’ai pu faire sans lui offrir une dernière chance.
C’est dans ce lâcher prise que tout prend forme. Quand je cesse de m’appliquer à faire ‘ beau et bien ordonné’. Quand je retrouve la liberté de mouvement, quand je remets en question ce qui est acquis et confortable, au risque de tout gâcher. Avec de grands traits mouvementés j’ai complètement recouvert la toile, oubliant cette fois la logique des carrés, ne conservant que les teintes et la perspective en place. Déjà le mouvement plus libre éveille un certain plaisir. Pour casser la logique j’ai ensuite imprimé des ronds, pour les faire disparaître aussitôt avec une spatule grossière qui marquait la toile. La liberté d’expérimenter est créatrice et porteuse de joie! Encore une fois, s’agit de suivre le mouvement et de faire confiance.

Après quelques jours de recul, aux premiers jours de mars, enfin je laisse couler. Sans effort pour y arriver, dans ces zones sombres se sont profilés une maison, un cours d’eau, et un tunnel, vestige de l’expérience des ronds. Une sortie possible vers le soleil levant. Même une barque accessible à quelques marches de la maison.
Un autre pas de recul pour mieux observer. Très différente maintenant, cette toile me plaisait. Sa beauté réside dans ce qu’elle offre d’inattendu et d’unique. Encore une fois un paysage s’est révélé. Belle nature, merci d’être si bien ancrée en moi. Le soleil annonce son lever à l’horizon, derrière une ligne de montagne déjà éclairée par sa lumière. Une zone de végétation reste plus sombre au premier plan. Voilà qu’au travers ces traits grossiers je percevais autre chose. J’ai repris mes crayons, encre et acrylique, pour souligner de quelques traits ce qui voulait prendre forme. Pour accentuer aussi cette lumière déjà présente dans le mouvement de l’eau.
Voilà que cette toile racontait en image mon paysage intérieur. Tous les détours pris depuis un mois pour éviter mes zones d’ombre. La force rationnelle, les explications logiques, la recherche de solutions bien cadrées et autres échappatoires… tout pour échapper à la peur devant cette nuit qui n’en finit pas. Mon impuissance, mes peines et mes frustrations, mes ‘Fight or Flight’, mes envies de tout lâcher, mes ‘sauve qui peut’ sans savoir où ni comment. Le jour n’est pas encore là, même la maison dans l’ombre devient inquiétante. Juste avant l’aube la nuit paraît plus noire. Le tunnel étroit et sombre.
Le ciel en perspective annonce pourtant le matin à venir.
© Marielle Dubois, mars 2025.
Pour recevoir les nouveaux articles :
Toute reproduction, de quelque nature que ce soit en partie ou en entier est strictement interdite sans l’autorisation écrite de l’artiste.

Both look great Marielle. Glad to see you’re painting.
…en ce petit matin frisquet je te lis avec bonheur. L’image, les mots, le temps te décrivent, te portent et te libèrent.
puisses tu toujours y retrouver de la joie et le sentiment de complétude.
[…] pour en savoir plus page d’accueil Avant l’aube – original […]