Un p’tit soleil entre les lignes

La tendresse des femmes se traduit dans les gestes du quotidien et traverse le temps, d’une génération à l’autre, malgré tous les bouleversements. Leur vie est intimement liée aux cycles des jours, de la lune et des saisons. Dans un langage musical et familier, l’auteure nous raconte son quotidien de jeune mère, ses amitiés et
ses amours. Elle nous confie ses préoccupations, ses joies et ses peines. Au fil des pages, elle tisse doucement le lien qui nous relie à la terre, avec une infinie tendresse.

« Ma mère s’est décidée à peindre quelques toiles dans les dernières années de sa vie. Le trait, hésitant et appliqué, invite à la joie. Sa fierté, douce et discrète, m’attendrit encore. J’ai gardé d’elle aussi quelques rimes maladroites griffonnées à la hâte. Dessiné entre les lignes, un p’tit soleil avec les rayons d’travers.

Voilà qu’à 65 ans, je conçois son malheur, tout le potentiel contraint au silence. Elle aura exprimé à peine cette créativité qui m’anime, nourriture essentielle à ma vie. L’époque laissait alors bien peu de liberté aux femmes. Malgré l’émancipation, cet héritage nous imprègne encore. À travers le quotidien qui sait si bien prendre l’attention des femmes, j’empilais dans mes tiroirs dessins et gribouillis, rimes et musiques, sans trouver le temps ni le courage de vraiment leur donner vie.

Pour ma mère et ma grand-mère, pour toutes ces femmes qui se sont tues, qui ont fait tout ce qu’elles ont pu, je ne peux me résoudre au silence. À la suite de ma mère,  j’ajouterai doucement mes mots, mes couleurs et ma musique. Qu’ils inspirent les femmes à créer avec les moyens qu’elles ont à leur portée. Qu’elles dessinent des soleils entre les lignes du quotidien, qu’elles ouvrent leurs tiroirs et réinventent leur vie.»

©Marielle Dubois, Une infinie tendresse, 4ième de couverture

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